Retour et conclusions (Amina & Laurent)

Comment résumer deux mois en vingt lignes ? Voici certains chiffres à même de vous rappeler le caractère titanesque de notre aventure : plus de 150 personnes rencontrées, plus hautes en couleur les unes que les autres ; 7000 kilomètres parcourus à travers le Brésil, 22 jours passés dans 15 fermes de café ; 12 paires de chaussettes usées (chacun), 7 ampoules au pied (au total) et une tong sacrifiée à la lutte quotidienne contre les moustiques !
30 degrés d’écart entre Salvador et Paris, voilà notre lot de consolation à notre retour en France. C’est contents mais nostalgiques que nous rentrons, bronzés mais frigorifiés, fatigués mais enthousiasmés par ce que nous venons de vivre.Ce que nous retiendrons de ces 2 mois au Brésil : un univers du café passionnant, des paysages renversants, une culture festive et flamboyante, une joie de vivre inimitable…Mais au-delà de ces clichés, nous vous aurons prévenu : le Brésil est un continent à lui seul et à ce titre sa diversité culturelle est exceptionnelle !
La première mission Bahia s’achève ici… A suivre ?
THE challenge! (par Amina)

Dernier jour de travail pour Laurent et moi, la fin de l’aventure se profile à l’aube du 57ème jour. Dernier jour de travail à Piatã pour les agronomes d’Imaflora. Pour Alex, il s’agit de sa quatrième visite ici, et il confesse que le processus n’est pas des moins laborieux, mais pour lui le défi en est d’autant plus intéressant. En effet, contrairement à la coopérative de Monte Carmelo, celle de Piatã semble moins organisée et moins unie. Il est difficile de surmonter les velléités individualistes de certains producteurs et encore plus de faire face à des « turpitudes » politiques qui remontent à 500 ans de diktat des colonels à Bahia.
Mais ce sont réellement dans ces premiers balbutiements que se forme un groupe pilote pour la vérification. Parmi ce groupe, Mickael bien sûr, mais aussi le jeune Aneilson, 25 ans, dit Neguinho. C’est sur ses épaules que repose tout le travail d’Alex et Christian qui le forment à l’application des normes ; le but étant ensuite que Neguinho reprenne le flambeau des agronomes en auditant toutes les fermes du groupe.
L’enjeu principal de cette 4ème visite est de présenter lors d’une réunion, qui a lieu ce dernier jour, les résultats concrets des diagnostics pilotes effectués par les agronomes. Le défi majeur de cette réunion est de convaincre les producteurs que pour leurs fermes les modifications à effectuer n’engagent que des dépenses minimes mais surtout une nouvelle discipline organisationnelle. L’exemple le plus concret pour eux est le traitement des déchets et le stockage du matériel.
A 19 heures donc, une présentation et un échange avec les producteurs de café sont prévus dans le secrétariat de l’agriculture de Piatã. Laurent et moi présentons le travail de recensement que nous avons effectué auprès des 23 agriculteurs du groupe. Une vingtaine d’entre eux sont présents. Alors que certains sont déjà engagés dans le processus, d’autres sont désireux d’en savoir plus et certains restent sceptiques quant à la vérification. Reste à espérer que le succès du groupe pilote fasse effet de levier pour les autres…
Sur ce s’achève notre mission à Bahia. Nous nous préparons à rentrer à Salvador pour nous envoler dimanche vers Paris.
23 entretiens en 3 jours : mission impossible ? (par Laurent)

De retour à Piata pour la semaine entière, nous retrouvons l’inimitable Michael Freitas et l’ensemble des producteurs bénéficiant du programme d’aide à la vérification d’Imaflora.
Nous prenons à nouveau la route à cette occasion avec Alex et Cristião, en charge d’un projet semblable à Monte Carmelo et venu apporter son expérience au groupe de Piata.
Ceux-ci nous témoignent de leur confiance en nous chargeant d’aller collecter auprès de l’ensemble des fermiers du groupe des informations clés concernant le processus de production et de commercialisation de leur café, leur situation économique, environnementale et sociale, leur accès à l’énergie, à l’eau potable, aux modes de communication…
En nous basant sur tout ce que nous avons appris depuis bientôt deux mois à présent, Amina et moi créons un questionnaire adapté puis partons à la recherche de fermiers éparpillés dans la nature (mais où est donc passée l’insaisissable Brigida ?).
Après une première quinzaine d’interviews et quelques péripéties (mes maigres mollets ont failli servir de casse-croûte à un chien de garde zélé), l’heure est au premier bilan.
En termes d’infrastructures que l’on évoque les installations électriques, très inégales, ou les systèmes d’irrigation, de traitement des déchets, parfois tout bonnement inexistants, il semble parfois que le chemin soit encore long vis-à-vis du niveau d’exigence de Rainforest Alliance. Cependant, le très faible usage de pesticides et l’existence d’ores et déjà de zones préservées sont autant de signaux positifs.
D’un point de vue commercial, il semblerait que comme le veut l’adage, l’union fasse la force. En passant de 8 à 23 membres cette année, le groupe dispose d’un poids plus important dans les négociations avec les acheteurs…et bénéficie donc d’un meilleur prix. La diffusion de bonnes pratiques agricoles encouragée par Imaflora en est également facilitée.
Rappelez-vous nos articles précédents : nombre de ces producteurs font d’ores et déjà partie des meilleurs de l’Etat (Michael a encore gagné cette année…) malgré toutes les améliorations restant à accomplir. Sans garantir une qualité supérieure du produit, l’apparition de la grenouille sur leurs sacs de café (et ce qu’elle implique) pourrait leur permettre, dans l’avenir, de partir à la conquête du monde…
"Ou comment Laurent et Amina se sentent largués lors d'une conférence de presse (Par Amina)".

Nous voilà donc de retour à Salvador de Bahia pour assister à l’arrivée des premiers catamarans de la Transat Jacques Vabre.
C’est un peu dans un lieu chargé d’histoire que les bateaux « jettent l’ancre »: dans ce qui est appelé aujourd’hui « Centro Nautico », et qui n’est autre que le lieu où ont débarqué les premiers négriers en provenance d’Afrique vers l’Amérique latine. A quelques mètres de là, le Mercado Modelo, anciennement le marché des esclaves, aujourd’hui transformé en marché d’artisanat brésilien. Mais à Salvador on ne garde pas une mémoire honteuse de ce passé peu glorieux ; la négritude y est chantée partout, que ce soit par Olodum ou Ilé Aiyé, groupes mythiques de Salvador, les peintures que l’on peut admirer dans Pelourinho ou les acarajés des Bahianaises enturbannées.
Ainsi, nous rejoignons le comité d’accueil des skippers qui s’est formé dans le Centro Nautico : ici, coachs, familles ou amoureux des sports nautiques attendent anxieusement l’entrée des bateaux dans le port. Si les enjeux de la compétition sont importants, l’ambiance à l’arrivée n’en est pas moins bon enfant. Des feux d’artifice, une samba déchainée et une Bahianaise vêtue aux couleurs de la France accueillent les sportifs. Rien de tel pour les revigorer après plus de 10 jours en mer !
Nous assistons ensuite à la conférence de presse où – c’est ce que j’ai cru comprendre- les skippers ont relaté les difficultés de leur parcours en mer. Autant vous dire que pour moi, c’était le discours le plus énigmatique qui m’ait été donné d’écouter au Brésil, et paraît-il, c’était du français ! Je me tourne vers Laurent qui fronce les sourcils, perplexe comme moi à l’écoute de ces termes techniques de navigation alors qu’autour de nous les journalistes réagissent vivement à l’évocation d’un mystérieux « poteau noir » après les Canaries…Conclusion : ce n’est définitivement pas de café qu’il s’agit !
Dimanche 18 novembre nous retournerons à notre cœur de métier et retrouverons Alex et Marcelo, les deux auditeurs d’Imaflora pour une seconde et dernière expédition dans la Chapada Diamantina où Laurent et moi serons chargés de l’audit social de fermes en processus de vérification Rainforest Alliance. Pour nous, la fin du voyage se profile à l’horizon…
Les richesses insoupçonnées du patrimoine bahianais (Par Laurent)

L’arrivée prochaine de la Transat (allez Lionel Lemonchois, un Normand qui lutte pour la victoire en Multis!) impliquant notre retour à la « civilisation », nous revenons à Salvador…pour la quitter aussitôt ! Cap au Nord, direction la Mata Atlantica!
Je vous passerai les détails sur les plages paradisiaques que nous croisons sur notre route : la photo ci-dessus parle d’elle-même…et le but de notre week-end est d’avantage de satisfaire notre curiosité vis-à-vis de cet écosystème que la Transat contribue à protéger via le programme « Compensation Carbone ». Il est indéniable que la « ligne verte » en a besoin : depuis le XVIème siècle et la naissance du Brésil, les effets conjugués de l’urbanisation et du tourisme de masse ont détruit 91% de la Mata Atlantica !
Mais un petit village, berceau de l’éco-tourisme du pays et peuplé d’irréductibles bahianais, résiste encore et toujours à l’envahisseur. Son nom : Praia do Forte. Dans la perspective éventuelle d’un futur partenariat, nous recherchons activement des projets socio-environnementaux de qualité, et très rapidement nous nous rendons compte que la cité balnéaire en abrite un grand nombre.
Si la réserve de la Sapirangas et l’« Eco-Resort » (hôtel proposant un programme d’éducation à l’écologie pour les touristes) sont des concepts qui me sont déjà familiers, je suis en revanche tourneboulé par ma découverte des projets « Baleia Jubarte » et « Tamar ».Ceux-ci sont la preuve que Bahia n’est pas qu’une terre de café, puisque Praia do Forte est également le refuge d’une faune marine exceptionnelle, et le lieu de reproduction des tortues Aruana (charmantes bébêtes atteignant aisément les 200 kilos) et des baleines à bosse.
Sérgio, coordinateur du programme d’éducation environnementale de « Baleia Jubarte », nous montre en image qu’il n’est pas rare de voir ces dernières croiser au large de Salvador. Messieurs les skippers, méfiez-vous donc d’un dernier obstacle inattendu…